Vente aux enchères au château de Heidelberg
Une vente aux enchères est un format aux règles claires : annonce du lot, recueil des enchères, adjudication. C’est efficace, mais rarement explicatif. En octobre 2022, nous avons testé ce qui se passe lorsque l’on bouscule ce format – en le combinant avec une exposition, une visite guidée et une discussion ouverte entre experts pour former une soirée unique, se déroulant simultanément dans la salle et sur six plateformes de streaming internationales.
L’occasion était le 80e anniversaire de Peter Robert Keil. La Keil Collection Heidelberg a présenté à cette occasion une grande exposition anniversaire intitulée « IchFarbe – ein Maler sagt ich » – sous le commissariat du Dr Kristina Hoge et grâce au soutien de la GIM dans un lieu exceptionnel : l’Ottheinrichsbau du château de Heidelberg. Plus de 600 m², quatre salles, plus de six mètres de hauteur sous plafond. La peinture aux couleurs intenses de Keil devant des murs de la Renaissance – un contraste qui sublimait les œuvres.
L’idée : pas une simple vente, mais une soirée
Au lieu de procéder simplement à la première adjudication à 19h00, la retransmission a débuté par une visite de l’exposition. Le Dr Kristina Hoge a commenté les sept groupes thématiques qui constituaient la base du concept de l’exposition – des œuvres de différentes phases de création en comparaison directe, au lieu de l’habituelle chronologie. Ce n’est qu’ensuite que la caméra a pénétré dans la salle des ventes.
Là, Michael Lehrberger de la maison de ventes Historia a pris le relais – un commissaire-priseur capable de captiver un public, même lorsque cinq minutes de discussion séparent deux lots. Et c’est précisément de cela qu’il s’agissait : entre les adjudications, l’accent était mis systématiquement sur la médiation. Mme Bayne, collaboratrice de longue date de la manufacture de majolique, a par exemple expliqué l’ensemble du processus de production d’une céramique, y compris les deux cuissons. Les spectateurs comprenaient ainsi non seulement le prix d’une œuvre, mais aussi sa raison d’être.
Pourquoi le format hybride – et ce que cela implique techniquement
L’hybride ne consiste pas à placer une caméra dans la salle. Cela signifie servir simultanément deux publics ayant des besoins totalement différents : les invités sur place recherchent l’atmosphère, la proximité avec l’artiste, l’échange. Les spectateurs en ligne veulent de l’image, du son, des plans de détail et l’assurance que leur enchère est bien prise en compte. Cela doit être planifié minutieusement en amont :
- Régie et dramaturgie – un déroulement qui fonctionne comme une émission tout en n’excluant pas une salle pleine d’invités.
- Plateformes parallèles – six canaux de streaming et d’enchères simultanés, avec une synchronisation parfaite des offres en temps réel.
- Présentation des lots pour l’objectif – chaque œuvre présentée de manière à ce que la signature, le matériau et l’état restent lisibles même sur un écran en Californie.
- Contenu plutôt que temps mort – les temps d’attente sont le véritable gain : c’est là que naît la confiance, et la confiance détermine les enchères.
Le résultat : les 16 œuvres présentées ont toutes été vendues – avec des enchères provenant d’Allemagne, d’Autriche, de Suisse, d’Italie, de France et des États-Unis. 50 % du produit de la vente ont été reversés sous forme de don au musée Xylon de Schwetzingen.
Le cadre : vernissage, livre, vœux
La vente aux enchères était le point d’orgue d’une soirée qui avait débuté à 16h00. Plus de 100 invités avaient fait le déplacement, de toute l’Allemagne et de l’étranger. Le programme comprenait l’introduction à l’œuvre par le Dr Kristina Hoge, des lectures du poète Rainer René Mueller, des sets musicaux de Jule Werner & Band – ainsi que la présentation du livre « Keil 80 », conçu par l’affichiste Götz Gramlich, avec des codes QR menant les lecteurs directement aux vidéos de la collection. Les 80 premiers exemplaires sont numérotés et signés.
Un livret contenant plus de 30 messages de félicitations de la communauté des admirateurs a également été remis – dont un de la présidente du Bundestag, Bärbel Bas.
Ce que le projet a démontré
En 2022, l’hybride était encore pour beaucoup d’institutions un expédient hérité de la période de pandémie. Ce projet m’a prouvé le contraire : lorsqu’il est correctement structuré, le format hybride n’est pas une version dégradée de la vente en direct, mais un genre à part entière. Il atteint des enchérisseurs qui ne se seraient jamais déplacés, il fait de l’expertise une partie intégrante de la vente plutôt qu’une simple note de bas de page dans le catalogue – et il fonctionne également lorsque les lots ne portent pas d’estimations en millions.
C’est précisément cette alliance entre le métier des enchères, la numérisation et la médiation qui est restée au cœur de mon travail.
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